J'habite dans un quartier "bobos", et toi ?
- 26 sept. 2017
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Souvent sans nous en rendre compte, nous analysons notre environnement et les personnes qui nous entourent. Après seulement quelques mois dans une nouvelle ville (ou village), nous sommes déjà en mesure d’expliquer à un nouveau venu dans quels quartiers il peut sortir aisément les soirs, les lieux à éviter en voiture en heure de pointe ou encore les espaces désertés les week-ends car uniquement composés de bureaux. À mesure que nous nous approprions le territoire, il devient même possible d’associer chaque quartier à une ambiance particulière, voire à certains types (au sens large) de population. Reprenant cette idée, le site Hoodmaps propose une cartographie participative qui permet à chacun d’évaluer et de caractériser son lieu de résidence ou les endroits dans lesquels il a séjourné en fonction de la population qui y réside.
Source : Hoodmaps.com
Cette carte permet de recueillir le ressenti des habitants par rapport à leurs quartiers et leur ville. Ils peuvent aussi insérer des « tags » qui s’affichent comme des nuages de points et caractérisent plus précisément ces espaces de vie. Plus qu’amusante, cette carte recèle des informations intéressantes à plusieurs titres. Le futur habitant pourra y trouver un premier tri des quartiers dans lesquels il aimerait vivre, les pouvoirs publics comme les promoteurs immobiliers auront quant à eux des indications sur la perception des habitants vis-à-vis de leurs lieux de vie, etc. Cependant, une carte participative est par nature subjective. Elle nous présente une vision très stéréotypée des quartiers, les noms des différentes catégories utilisées pour décrire la population en sont la preuve : "Riche”, “Hipster”, “Touristique”, “Universitaire”, “Col blanc” ou “Normale”. Dès lors, nous pouvons nous poser la question des limites de son utilisation car après tout, nous pouvons tous faire des erreurs d’appréciation (y compris la majorité). Est-ce fiable ou même suffisant pour appréhender un territoire ?
L’aménageur qui veut comprendre le fonctionnement d’un territoire ou le porteur de projet qui cherche à développer son activité commerciale ne peuvent pas uniquement se fonder sur une appréciation générale de l’environnement socio-économique pour éclairer leurs actions. Il existe des méthodes scientifiques et statistiques qui permettent d’appréhender de manière précise les différents contextes des villes en s’affranchissant de cette appréciation subjective susceptible de nous jouer des tours. Ainsi, nous ne cherchons plus à définir comment la ville est perçue, mais comment elle est !
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"Dis moi où tu vis, je te dirai qui tu es !"
Mais alors, comment identifier objectivement les différents types de quartiers d’une ville pour laquelle nous n’avons a priori aucune connaissance ? La réponse repose sur trois composantes : une problématique, des données et des méthodes. Du bon sens, en somme. La multiplication du nombre de sites internet proposant des algorithmes prédéfinis en “presse boutons” prouve néanmoins que l’outil prime encore souvent sur la réflexion. Une étude de marché nécessite davantage que trois clics sur une page web. Sans questionnement précis, impossible de choisir les bonnes données à analyser ni les méthodes de traitement adaptées. Il s’agit de la difficulté principale, quels éléments permettent de définir précisément une population, un quartier ? L’âge, la catégorie socio-professionnelle, les habitudes de déplacement, le type de ménage, etc. ? Selon la finalité du projet, la population prendra le nom de “clients”, “utilisateurs” ou encore de “riverains” ; peut-on la caractériser de la même manière quel que soit le cas ? Bien évidemment que non. En marketing, on parle de “segmentation” et de “ciblage”. Dans un premier temps, il s’agit de segmenter la population en plusieurs groupes homogènes de clients/utilisateurs/riverains en fonction d’un type de produit/projet donné. Cette approche permet dans un second temps de cibler la catégorie de population que l’on souhaite atteindre. À chaque projet, sa segmentation et son ciblage.

L’exemple de Londres
La carte ci-dessous est le fruit d’un travail de recherche visant à caractériser et à contextualiser les lieux d’implantation des tours à l’échelle de Londres. L’analyse a permis de créer une division de la capitale britannique en 7 types de quartiers. Afin de proposer une lecture la plus fine possible, 27 variables socio-économiques ont été traitées dans le cadre d’une analyse multivariée particulière appelée une “Classification Ascendante Hiérarchique” (toutes les données sont publiques). Cette étude a été réalisée dans le cadre du projet Skyline : C. BOREL, M. APPERT, H. MATHIAN, C. CUNTY (2015), Contextes d'implantation des tours à Londres, ANR SKYLINE. Les plus téméraires d’entre vous peuvent trouver des indications sur les données et la méthodologie utilisées ici.
Londres : un territoire, des populations
Les quartiers du centre londonien ont été divisés en 7 classes :
La classe 1 (VIOLET) caractérise les quartiers résidentiels aisés : prédominance des propriétaires, faible densité de population mais un prix de l’immobilier parfois très élevé et un marché dynamique.
La classe 2 (BLEU) regroupe ce que l'on qualifie de classes moyennes : part importante de familles, proportion importante de propriétaires, faible densité de population, tendance à la motorisation et un marché immobilier dans la moyenne.
La classe 3 (FUCHSIA) correspond aux quartiers résidentiels plutôt modestes : part importante de propriétaires, population vieillissante et un marché immobilier atone avec des prix relativement bas.
La classe 4 (VERT) regroupe quant à elle les banlieues en difficulté. Une population globalement jeune, assez pauvre avec un parc social très important et un marché de l’immobilier très peu dynamique.
La classe 5 (ORANGE) caractérise les fronts actifs de gentrification. Souvent situés en frange de quartiers défavorisés, ils sont aujourd’hui socialement mixtes et densément peuplés. Les ménages sont généralement de petites tailles habitant dans des logements modestes mais les prix de l'immobilier ont rattrapé la moyenne. Il s’agit de ce que l’on pourrait nommer familièrement de quartiers « bobos ».
La classe 6 (MARRON) symbolise quant à elle des lieux gentrifiés par la promotion immobilière. Nous avons une croissance rapide de la population, un marché immobilier dynamique et des ménages plutôt aisés avec des logements de petite taille.
La classe 7 (ROUGE) illustre les quartiers centraux de Londres : des prix très supérieurs à la moyenne, des logements de petites tailles, des ménages très aisés, un fonctionnement économique mixte et un pôle d’emploi. C’est ce qui qualifie généralement les centres d’affaires.
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