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L'Intelligence Territoriale, pour quoi faire ?

  • 19 sept. 2017
  • 5 min de lecture

De quoi parle-t-on ?


Première difficulté et non des moindres, qu’est-ce que l’Intelligence Territoriale (IT) ? Schématiquement, on peut interpréter cette expression de deux façons différentes :


  • Mettre en place un cadre/une méthode pour les acteurs du territoire afin de travailler en bonne intelligence.

  • Croiser des méthodes et des outils éclectiques (marketing, statistiques, sociologie, géographie, etc.) et robustes afin d’étudier le territoire dans toute sa complexité.


Dans le premier cas, il s’agit d’une approche globale de gestion entre les différents acteurs du territoire afin de permettre une meilleure synergie des actions et une meilleure optimisation des ressources. Dans le second cas, on cherche à analyser le territoire sous tous ses aspects afin de répondre à une problématique précise : est-il pertinent (rentable) d’ouvrir une nouvelle boulangerie dans telle ou telle commune ? Les habitants de tel bassin urbain auront-ils l’utilité d’une nouvelle voie de bus ? etc. En creux, l’Intelligence Territoriale est utile dans toutes les analyses coûts-bénéfices liées à un projet d’aménagement ainsi qu’à la conception des études de marché.


Si la première facette de l’Intelligence Territoriale commence à être appropriée par les acteurs du territoire, nous sommes convaincus que la seconde n’est pas actuellement utilisée à son plein potentiel par les aménageurs et les entrepreneurs. C’est pourquoi nous avons entrepris d’écrire une série d’articles sur ce sujet. On se contente encore trop souvent de considérer le territoire comme une variable d’ajustement. Dans une étude de marché, l’analyse de la demande se réduit souvent à une comparaison des populations communales du territoire tandis que l’analyse de l’offre se limite à un décompte des concurrents à l’échelle du quartier. C’est oublier tous les autres aspects qui façonnent un territoire (accessibilité, mobilité, visibilité, etc.) ainsi que sa dynamique propre (cas des communes dortoirs, territoires fortement polarisés, etc.).


Nous avons parfaitement conscience que la notion d’Intelligence Territoriale est encore étrangère au plus grand nombre. Même si elle nous paraît primordiale dans la conduite d’un projet, elle n’est pas encore bien comprise et son intérêt est largement sous-estimé. Avec ces articles, notre objectif est double. Il s’agit en premier lieu de montrer de ce qu’il est possible de réaliser en appliquant les méthodes et outils de l’Intelligence Territoriale. En parallèle, nous souhaitons vous proposer des études sur des sujets variés qui vous permettront de changer de regard sur des territoires que vous pensez connaître. Nous ne visons pas l’exhaustivité, simplement à (ré)introduire l’analyse du territoire dans le champ de la réflexion des études de projet.


Au commencement : où habitent les gens ?

L’exemple de la Métropole de Lyon


La notion même de territoire sous-entend la présence d’une population ; il n’y a pas de territoire sans personnes physiques qui se l’approprient, le gèrent ou l’exploitent. Dans tout projet, la question de la population prend naturellement une place primordiale. Elle doit être analysée dans une étude d’aménagement comme dans une stratégie de développement commercial, c’est elle qui va conditionner la réussite ou l’échec d’un projet. Notons bien qu’il s’agit de définir où “habitent” les gens, pas là où ils “vivent”. Cette distinction est essentielle. En France, ⅔ des personnes qui ont un emploi quittent leur commune pour aller travailler (INSEE, Juin 2016). En pratique, cela signifie qu’une bonne partie de la population vit au moins un tiers de la journée dans une autre commune que celle où elle habite. Cette information est capitale pour l’entrepreneur qui souhaite ouvrir un magasin ou un aménageur qui envisage de modifier un carrefour par exemple. L’étude des flux journaliers fera l’objet d’un futur article, pour l’heure il s’agit de répondre à la question initiale : où habitent les gens ?


Concrètement, comment procède-t-on ? En fonction de ses connaissances et ses compétences, il y a deux manières de procéder :


  1. Le plus simple mais aussi le plus chronophage est de rechercher l’information sur Wikipédia. Si cette méthode fonctionne quand on analyse quelques communes, elle devient vite inapplicable lorsqu’on travaille sur un bassin urbain important. Les initiés se tourneront alors vers les données officielles du recensement produites par l’INSEE . Un petit travail de tri sur un logiciel spécialisé (Excel, Libre Office) est a priori suffisant. Oui, mais pour quels résultats ? Une population brute voire une densité de population à l’échelle communale ? Cette information permet de comparer des communes mais n’est pas vraiment intéressante en tant que telle. Elle suppose que la population est répartie uniformément sur le territoire sans prendre en compte les zones de vide ou les obstacles naturels (lacs, forêts, montagnes, etc.). Impossible dès lors d’établir une analyse précise du territoire à partir de ces résultats (voir carte ci-dessous).

  2. Avec quelques connaissances en SIG (Système d’Information Géographique), il est possible d’obtenir des résultats du recensement à l’échelle géographique la plus fine proposée par l’INSEE : l’IRIS. Sous cet acronyme se cache un découpage dit infra-communal du territoire qui répond à des critères démographiques et géographiques précis. Pour les plus motivés d’entre vous, nous vous renvoyons vers la documentation de l’INSEE afin d’en savoir plus. Il existe trois types d’IRIS (activité, habitat et divers) déterminés en fonction de la spécificité de la population qui y réside. L’INSEE propose la quasi-totalité des résultats du recensement à cette échelle. Il n’y a pas de doute, les données obtenues sont plus précises que celles d’une étude à l’échelle communale. Est-ce pour autant suffisant ? Première limite, et non des moindres, uniquement les communes de plus de 5 000 habitants sont divisées en IRIS. En outre, afin de respecter le secret statistique (soit l’impossibilité d’associer les résultats du recensement à un petit groupe identifiable d’individus), un IRIS comporte au moins 1800 habitants.


L'analyse de la densité de population de la Métropole de Lyon selon 3 méthodes


Bilan ? Par l’utilisation des outils traditionnels, il n’est pas évident de répondre à la simple question : “où habitent les gens ?”. Est-il possible de s’affranchir de ces limites ? C’est dans ce contexte que peuvent être utilisés les outils de l’Intelligence Territoriale. En l'occurrence il est question d’allier les outils de l’analyse spatiale au bon sens. La population vit dans des bâtiments. Certes, ce postulat n’est pas très innovant mais il est la clé pour créer une carte précise de densité de population sur un territoire donné. Sans rentrer dans les détails, les résultats de notre étude proviennent du croisement entre le recensement de l’INSEE et la forme urbaine du territoire. Schématiquement, deux règles ont été utilisées pour créer notre algorithme de traitement des résultats du recensement : plus un bâtiment est grand (superficie et hauteur), plus il accueille de population ; les bâtiments “spécifiques” ne sont pas utilisés comme habitations (gares, églises, mairies…). Une fois les calculs réalisés, nous pouvons fournir une approximation du nombre d’individus vivant dans chacun des bâtiments d’un territoire donné. Afin de gagner en visibilité, nous avons agrégé les résultats (résultats ci-haut).


Des territoires, des méthodes, des résultats


Le plus grand avantage de l’Intelligence Territoriale est son adaptabilité. Tous les projets et territoires sont différents, on ne cherchera pas exactement les mêmes éléments de réponse selon les enjeux. L’Intelligence Territoriale n’est pertinente que lorsqu’elle traite le territoire et les données en fonction de la problématique à traiter, pas l’inverse ! Par exemple, nous pouvons très bien appliquer une segmentation de la population avant de créer une carte de la densité. En fonction de la problématique étudiée, il est tout à fait possible de savoir par exemple comment est distribuée la population des 20-35 ans ou encore d’analyser la répartition des catégories socio-professionnelles.


Et ensuite ?


L’intérêt de cette approche est d’étudier le territoire sous différents angles en ne perdant jamais de vue que tous les éléments sont interdépendants les uns des autres. Aujourd’hui, nous avons répondu à la question du “où” et du “combien”, pour autant il nous reste de nombreux sujets à traiter : “qui”, “vers où”, “comment”... De nombreuses problématiques sont ouvertes.



 
 
 

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